Le numéro 138 (mars 2013) des ECHOS DU COTA consacré aux approches « pairs ». Appel à contributions

EntrSans titree, par ou avec, les approches « pairs » font depuis longtemps partie de nos palettes de travail. Il en existe de multiples variations destinées à des usages divers intégrant exclusivement ou tout à la fois des objectifs de recherche, de consultation, de suivi-évaluation, de sensibilisation, d’éducation, d’apprentissage, d’entraide, etc. ; cela dans tous les domaines et à toutes les échelles d’intervention…

Les exemples internationaux sont nombreux. Dans les sphères de préoccupation de l’aide internationale, les deux exemples les plus fameux d’interaction entre pairs sont le processus d’examen par les pairs mis en place au début des années 2000 au sein de l’OCDE, dans le cadre du CAD, et le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) initié en 2002 et instauré par l’Union Africaine (UA) en 2003 dans le cadre de la mise en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). A plusieurs égards, on pourrait encore citer le GIEC ou le système des Nations Unies qui cultive des mécanismes assez proches de ceux qui nous intéressent aujourd’hui. Par extension, on peut également leur assimiler l’Approche cluster ou de responsabilité sectorielle introduite en 2005 par l’ONU dans le cadre de la réforme de l’action humanitaire.

Fondé lui-même par un collectif de pairs, le COTA a pour sa part toujours cherché à tirer profit des effets de pairs pour mener à bien ses missions d’appui ou de recherche. Le programme en cours depuis 2011 est sans doute celui qui entend faire un usage plus systématique et conscient de ce levier. Il était donc tout naturel qu’un numéro des ECHOS puisse être consacré aux approches « pairs », comme une étape d’analyse partagée susceptible d’enrichir le bilan que nous devrons prochainement tirer des options stratégiques et méthodologiques privilégiées pour soutenir nos conceptions du renforcement de capacités et de la recherche d’innovations.

Cela dit, comme à notre habitude, nous ne tenions pas à ce que la revue réduise son propos à l’examen critique d’une méthode ou d’une technique. Il nous paraît une fois de plus primordial de mettre les outils en perspective par rapport à l’actualité de l’aide et aux enjeux saillants du secteur. Et il se trouve justement que l’air du temps foisonne de situations susceptibles d’éclairer cet exercice.

A commencer par le débat sur l’efficacité de l’aide et les appels unanimes, voire désespérément incantatoires, qu’il déclenche sur la nécessité d’accroître les performances par le développement de synergies et l’amélioration de la complémentarité entre les initiatives de la solidarité internationale. En Belgique, la réforme en cours de négociation depuis début 2012, sur les modalités de financement de la coopération, inclut l’examen de scénarii de restructuration géographique et de réorganisation des acteurs du secteur, laquelle est motivée par ce même slogan.

Les propositions formulées en ce sens envisagent des cadres « cohérents » dont la portée est encore délibérée, mais auxquels on confie clairement l’ambition d’encourager et d’instrumentaliser les logiques de pairs.

En partie sous cette influence, les coupoles représentatives du secteur sont confrontées à l’urgence de se restructurer, de redéfinir leurs finalités et leurs mode de fonctionnement.

De tels débats amènent des réflexions intéressantes pour interroger l’esprit et les mobiles des approches pairs aujourd’hui. Quel sens cela a-t-il de se réunir et d’agir entre pairs dans le contexte actuel ? Qu’est-ce qu’un pair dans le monde de l’aide ou celui du développement ? A quoi ça sert ? Qu’est-ce qui définit un pair ? Sur quels critères ? Elaborés par qui ? Avec quelle légitimité ? Un pair est-il forcément un partenaire ? Un outil ? Un faire-valoir ?

Si on peut s’entendre sur ce qui rapproche des pairs, prend-on assez la mesure de ce qui les éloigne ?

Il y a quelques jours, pour justifier la parution du dernier numéro de capacity.org, Heinz Greijn, son rédacteur en chef, remarquait que les dispositifs et processus d’apprentissage inter-organisationnels mis en œuvre dans le secteur développement avaient à peine été évalués et étudiés et qu’il subsistait chez ses représentants une croyance infondée selon laquelle le fait de travailler et d’apprendre ensemble était indéniablement bénéfique à tous les partis. Quelle résonance ce constat peut-il avoir transposé dans une relation entre pairs ?

S’il est indéniable qu’un rassemblement entre pairs présente un certain nombre de bénéfices avérés, en termes de capacités d’influence, de légitimation, de médiation, de soutien et d’apprentissage mutuels, quels sont les travers que cela induit lorsqu’on envisage d’autres usages des « effets de pairs » comme ceux de contrôle, d’influence, de redevabilité… Accepter d’entrer dans un groupe de pairs, c’est forcément aussi renoncer en partie à ce qui fait sa spécificité…

Jusqu’à quel point contrôler l’influence de ses pairs est-il possible ? Surtout si cette reconnaissance implique un agrément ou une autre forme de certification basée, par exemple, sur certaines conceptions collectivement arrêtées de ce que doit être la qualité de son organisation ou de ses initiatives…

La littérature témoigne ouvertement du fait que les mécanismes de pairs sont aussi mis sur pied avec l’ambition d’influencer les membres admis ; on parle de pression par les pairs. Celle-ci est-elle forcément vertueuse ? Des initiatives par « pairs » ont explicitement pour fonction de changer les pairs… Cela se fait-il toujours de façon désintéressée ? Les protagonistes en sont-ils conscients ? Ont-ils toujours les moyens de maîtriser les changements qui les affectent ?

Dans quelle mesure la promotion de cette nécessité d’agir pour/avec/par les pairs n’est-elle pas un moyen de réduire la diversité des pratiques et des identités pour conformer les formes de l’aide à des normes de gestion standardisées ? Est-ce un moyen de mieux répondre aux défis de la réalité ou de la simplifier pour se donner l’illusion de les dompter ? On tire profit d’une cohérence existante ou on l’organise?

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